Article rédigé par Sylvie Plante, enseignante de français et coresponsable du dossier de la valorisation

Ne serait-il pas préférable de parler d’erreur de français plutôt que de faute de français? La faute est si proche du péché que la correction de la langue pourrait en devenir une religion… D’ailleurs, à ce sujet, l’auteure de La langue rapaillée, combattre l’insécurité linguistique des Québécois, Anne-Marie Beaudoin-Bégin, disait récemment en conférence que la langue est l’un des derniers bastions où il est encore socialement toléré « d’humilier » quelqu’un en le reprenant publiquement! Elle soulignait que c’est encore bien vu de rire ouvertement de ceux qui se trompent ou de les reprendre devant tout le monde! Je me joins à elle pour déplorer ces comportements…

En fait, relativement au mot « faute », Le Robert indique clairement qu’une des cinq acceptions de ce vocable en français moderne est morale :

« Manquement à la règle morale ; mauvaise action. ➙ attentat, crime, 1. délit, 1. forfait, inconduite, infraction, méfait. Commettre, faire une faute. Qui a commis une faute.➙ coupable, fautif. » (Le Robert en ligne)

Ainsi, j’essaie de ne pas employer le mot « faute » parce que, selon moi, il connote trop fortement une bévue morale, voire une tare, alors que le mot « erreur » est plus neutre, plus objectif. Commettre une « erreur » est une méprise d’ordre rationnel ; elle relève du jugement humain : Errare humanum est. Puisque nous sommes perfectibles, il nous est possible d’apprendre de nos erreurs et de travailler à les éliminer tandis qu’il est plus difficile de se défaire de ses péchés… La faute a le malheur d’être plus durable…

Dans le même ordre d’idées, Le Robert indique qu’une erreur est une…

« chose fausse, erronée, [une] action non prévue par rapport à une norme ( [une] différence par rapport à un modèle ou au réel). ➙ faute*, inexactitude. Exposé, article plein d’erreurs. Erreur de référence. Corriger une erreur […] ».

Donc, si commettre une « faute », c’est faire un péché, conséquemment, dans quelle position le mot « faute » place-t-il la personne qui l’utilise? Poser la question, c’est y répondre. Et nous avons déjà un « ayatollah de la langue », comme les journalistes de Radio-Canada aiment à le souligner, et c’est Guy Bertrand!