Article rédigé par Sylvie Plante, enseignante de français et coresponsable du dossier de la valorisation

Nombreuses sont les rumeurs qui courent aujourd’hui relativement à la position de l’Académie française quant à la réforme de l’orthographe et à l’enseignement des graphies rectifiées dans les programmes scolaires français à partir de l’automne 2016. Cette prestigieuse instance (dont aucun linguiste n’est membre depuis le XIXe siècle) a été très claire dans un communiqué qu’elle a publié vendredi passé, 5 janvier 2015: elle n’est pas à l’origine de la réforme de l’orthographe! En effet, comment un cénacle aussi conservateur pourrait-il être le promoteur de graphies modernes telles que nénufar, ognon, ile et essuietout? Si l’Académie n’a pas été l’instigatrice de ces rectifications, elle a fini par les accepter, tout en invitant « à la mesure et à la prudence dans la mise en œuvre des mesures préconisées ».

Les propositions pour une orthographe révisée ne sont pas nouvelles : ces discussions ont lieu depuis 26 ans! Et le français n’en est pas à ses premières propositions de réforme de l’orthographe, seulement, miraculeusement[1], celles qui datent de 1990 ont été adoptées! En effet, c’est le Conseil supérieur de la langue française, créé par le gouvernement français et composé d’éminents linguistes tels que Nina Catach, qui, le 6 décembre 1990, proposa des recommandations pour pallier certaines anomalies de l’orthographe française.

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Plus près de chez nous, le Groupe québécois pour la modernisation de la norme du français milite depuis des années pour faire passer les rectifications auprès des instances concernées.  Sur son site Internet, on apprend que le ministère de l’Éducation (MELS) «tient maintenant compte des rectifications orthographiques à tous les niveaux scolaires, depuis 2009-2010», que l’orthographe recommandée «s’implant[e] de plus en plus dans les dictionnaires […] et autres ouvrages de référence », que «les logiciels les plus connus» ont emboité le pas et, finalement, que plusieurs organismes «les plus crédibles et compétents en matière de langue sont favorables aux rectifications (AQPF, OQLF, BNQ, CSLF au Québec…) ».

Sources consultées pour rédiger cet article :

ACADÉMIE FRANÇAISE: «L’Académie française et la réforme de l’orthographe» http://www.academie-francaise.fr/actualites/lacademie-francaise-et-la-reforme-de-lorthographe

CATACH, Nina. L’orthographe (Que sais-je? Numéro 685) PUF, Paris, 1978, 127 pages.

GQMNF Groupe québécois pour la modernisation de la norme du français: (GQMNF) http://www.gqmnf.org/NouvelleOrthographe_BrevePres.html

Libération: «Réforme de l’orthographe : l’Académie française met des points sur les î», http://www.liberation.fr/france/2016/02/08/reforme-de-l-orthographe-l-academie-francaise-met-les-points-sur-les-i_1431921

OQLF Office québécois de la langue française: «Questions fréquentes sur l’orthographe française» http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=3275#RPourquoi

 

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[1] CATACH, Nina. L’orthographe (Que sais-je? Numéro 685) PUF, Paris, 1978, page 8.