Compte tenu de la proximité des francophones d’Amérique avec la langue anglaise, certains ont développé une méfiance parfois indue à l’égard de certains termes ou expressions.  Si plusieurs anglicismes ont en effet contaminé le français partout dans le monde, notamment au Québec, il faut faire la part des choses en ce qui concerne certains mots, tout à fait admissibles dans la langue.  Prenons le cas de l’adverbe « possiblement ».  Dans le dictionnaire Le Petit Robert 1, on ne trouve même pas le mot, comme s’il était un paria.  Pour sa part, la version en ligne du Larousse accepte le terme  « possiblement », bien qu’il soit carrément absent de son édition papier.  On saute dès lors rapidement à la conclusion que son usage, critiqué, relèverait d’une erreur linguistique commune, calquée sur le modèle anglais « possibly » : si en anglais  possible donne l’adverbe possibly, en français, possible qui devient possiblement laisse donc certains puristes perplexes.  Étrangement,  la construction de gentiment (gently), dérivée du mot gentil (gentle), n’entraîne pourtant pas la même méfiance.  Curieux paradoxe…

Quelques exemples de l’usage considéré douteux (à tort?) du mot « possiblement » :

« Weber ratera possiblement le prochain match en raison d’une blessure mineure. »

« L’incendie, possiblement d’origine criminelle, n’aura laissé que des ruines et des cendres. »

« Ses collègues le rejoindront possiblement vers la fin de la semaine. »

Or le site de l’Office québécois de la langue française est plus nuancé à l’égard de l’emploi du mot « possiblement » : on peut y lire que « [l]’adverbe possiblement est tout à fait français et bien construit. Attesté depuis le XIVe siècle, on le rencontre sous la plume de nombreux écrivains, même contemporains. »  Nous voilà rassurés.  Mais comment se fait-il alors que le mot suscite le malaise chez plusieurs, au point qu’il a été banni de la plupart des ouvrages de référence contemporains?  Au cours du XXe siècle, certains dictionnaires ont effectivement commencé à lui accoler les marques vieux,  littéraire, voire rare, « ce qui, au Québec, où il est toujours resté très vivant, en a fait un cas suspecté d’anglicisme. »

« [L]es recherches étant maintenant possibles dans la presse archivée au moyen de bases de données, elles nous confirment ce qu’une recherche plus générale en ligne peut nous apprendre : possiblement n’est pas rare ni littéraire, et encore moins vieux outre-Atlantique. On en trouve des milliers d’occurrences dans la presse et dans les écrits qui émanent de l’Administration, aussi bien en France qu’en Belgique et en Suisse. En fait, possiblement est panfrancophone, outre qu’il est usité au Québec et en Europe, son emploi est signalé également dans les zones francophones de l’océan Indien et du Proche-Orient par le Dictionnaire universel francophone. » (OQLF)

S’il l’on désire néanmoins éviter son usage ou avoir recours à des formules équivalentes, on suggère l’emploi des termes suivants, selon le contexte : peut-être, il est (fort) possiblevraisemblablement, probablementselon toutes probabilitésil se peutéventuellementil n’est pas excluil n’est pas impossiblec’est possible.

Simon Roy

Comité de la Valorisation de la langue française

Références consultées pour la rédaction de ce billet :

Le Petit Robert 1.

Le Petit Larousse.

Site de l’Office québécois de la langue française (Banque de dépannage linguisitique), mis à jour en octobre 2017.

Le Larousse en ligne : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/possiblement/62880 (consulté la dernière fois le 30 octobre 2017).