D’ici l’automne 2021, le Collège Lionel-Groulx entamera une transition vers l’utilisation de l’orthographe rectifiée dans toutes ses communications officielles. Bien entendu, cette transition se fera en douceur et sera appuyée par différentes actions de sensibilisation et d’information.

Par Pascal Gemme, pour l’équipe de la valorisation de la langue au Collège Lionel-Groulx

En février 2017, le Collège Lionel-Groulx adoptait sa Politique de valorisation de la langue française. Cette politique, qui a comme objectif de mettre de l’avant un français de qualité dans toutes les activités offertes au Collège Lionel-Groulx, s’applique autant à l’ensemble de la population étudiante qu’au personnel. La politique stipule entre autres que « [l]e Collège privilégie le recours au vocabulaire épicène et à la nouvelle orthographe.  [1]» Bien que l’Office québécois de la langue française (OQLF) « estime que ni les graphies traditionnelles, ni les nouvelles graphies proposées ne doivent être considérées comme fautives [2]», l’organisme est favorable à leur emploi, dans une perspective où elles sont de plus en plus utilisées.

La transition se fera donc sur une période de deux ans afin de donner le temps à la communauté du Collège de bien comprendre la portée des changements. En adoptant ces changements dans ses communications officielles, le Collège veut ainsi faire figure d’exemple.

Ainsi, dès cet automne, des vignettes informatives seront diffusées sur les écrans d’affichage dispersés à travers le Collège. Certaines d’entre elles étaient d’ailleurs apparues au cours de la semaine de la Francofête en mars dernier.

Des billets ainsi que des capsules vidéos à la fois humoristiques et informatives seront également diffusés sur le site Le français, notre accent commun et sur d’autres plateformes officielles du Collège.

D’autres moyens et activités d’information seront mis en place au cours des prochains mois.

Éventuellement, des formations pourront également être offertes aux membres du personnel qui désireront en savoir davantage.  La transition concerne principalement les communications institutionnelles du Collège (CLG à la une, communiqués de presse, site Web officiel, politiques et directives, communications officielles par Col.Net, etc.). Chaque individu demeurera libre d’écrire de façon traditionnelle dans ses communications personnelles.

Que sont les rectifications orthographiques?

Ce n’est pas la première fois qu’il est question de « nouvelle orthographe », de « rectifications orthographiques » ou « d’orthographe rectifiée » dans un article publié sur le site Le français, notre accent commun. En fait, cette nouvelle orthographe, que certains nomment, un peu à tort, « réforme de l’orthographe » a été mise de l’avant dès 1990. L’ancien premier ministre français Michel Rocard a créé le Conseil supérieur de la langue française en 1989 et lui a donné comme mission de proposer des rectifications de l’orthographe. Un comité d’experts a ensuite été formé et les recommandations de ce comité (environ 2000 rectifications au départ) ont «été publié[es] officiellement au Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990. [3]»

Page couverture du Journal officiel de la République française du 6 décembre 1990

Dans les faits, ces rectifications demeurent limitées. L’ouvrage le plus exhaustif à cet égard est le Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée : cinq millepattes sur un nénufar, qui présente une liste d’environ 5000 mots. La Banque de dépannage linguistique de l’OQLF en a retenu environ 2800, qui touchent des expressions ou des mots utilisés de façon plus courante. Concrètement, cela représente en moyenne un mot par page.

 

Pourquoi utiliser les rectifications maintenant?

Comme ce fut le cas pour toutes les tentatives de réformes de la langue française par le passé, ces rectifications ont rencontré une certaine résistance au moment de leur diffusion. On a fait grand cas, par exemple, de la nouvelle graphie du mot « nénuphar », devenu « nénufar » ou encore du mot « oignon » devenu « ognon ». Plusieurs ont évoqué l’idée d’un nivèlement vers le bas.

Dans les faits, l’orthographe rectifiée ne fait que corriger certaines anomalies ou irrégularités qui s’étaient glissées dans la langue, parfois par élitisme ou par imitation. Si l’on prend l’exemple du mot nénufar, on sera surpris d’apprendre qu’il s’écrivait « nenufar » à sa première apparition dans le Dictionnaire de l’Académie française[4], puis « nénufar » dès 1762[5]. Ce n’est que dans la huitième édition du Dictionnaire, en 1935, que la graphie « nénuphar » est apparue, pour se rapprocher du grec ancien. Or, l’origine du mot nénufar est arabo-persane et non grecque.

Page couverture de l’édition de 1765 du Dictionnaire de l’Académie françoise (française)

 

Il a donc fallu du temps avant que ces propositions de rectifications fassent leur chemin dans les ouvrages de référence et dans le milieu de l’enseignement. À titre d’exemple, le Larousse des noms communs les intègre depuis 2008 et Le Petit Robert les avait intégrées à 66% en 2016[6]. Dans le milieu de l’éducation au Québec, « le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur tient compte des rectifications dans la correction des examens de fin d’année et dans la Liste orthographique à l’usage des enseignantes et des enseignants (pour le primaire, 2014). [7]»

L’équipe de la VLF et le service des communications du Collège vous recommandent donc de rester à l’affut au cours des prochaines semaines et des prochains mois. Les articles et les capsules vidéos que vous retrouverez sur le site Le français, notre accent commun, pourront servir d’aide-mémoires pour ceux qui souhaitent intégrer les rectifications de l’orthographe. Rapidement, vous cesserez de les percevoir comme des casse-têtes. Si nécessaire, l’auteur de ces lignes se fera un plaisir de dissiper les ambigüités (pascal.gemme@clg.qc.ca).


 

[1] Politique de valorisation de la langue française, 7 février 2017, p. 3.

[2] OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE, « Questions fréquentes sur les rectifications de l’orthographe », Banque de dépannage linguistique, aout 2019, http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?Th=2&t1=&id=3275 (Consulté le 18 septembre 2019).

[3] OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE, Ibid.

[4] Le Dictionnaire de l’Académie françoise, t. second, Paris, 1694, 718 p., p. 115.

[5] Dictionnaire de l’Académie françoise, 4ème édition, 1762, p. 205.

[6] OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE, op. cit.

[7] Ibid.